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LA DISTRIBUTION EN FRANCE

LE RÔLE DE LA DISTRIBUTION DANS L’ÉCONOMIE FRANÇAISE

La valeur ajoutée de la distribution est essentielle dans une économie moderne pour les producteurs agricoles et industriels, pour les salariés et pour les consommateurs. C’est grâce à la distribution de masse que l’industrie a réalisé des gains de productivité décisifs sur les grandes séries et que de larges débouchés s’offrent au monde agricole. La distribution, c’est aussi un pourvoyeur d’emploi qu’elle que soit la conjoncture économique (près d’1,8 million de salariés travaillent pour le commerce de détail en 2012) et un formidable ascenseur social grâce à la promotion interne et aux systèmes d’intéressement ou de participation. C’est également un secteur d’innovation important, que cela porte sur l’étiquetage, la traçabilité, les flux de marchandise, les services dématérialisés, les marques de distributeurs, etc.

Enfin et c’est probablement sa vocation fondamentale, la distribution permet de rendre les produits plus accessibles aux consommateurs du monde entier et de contribuer à leur qualité de vie.

LE COMMERCE BOUDÉ PAR LES ÉLITES FRANÇAISES

Dès sa nomination au gouvernement, chaque ministre du Commerce semble automatiquement se sentir investi en lobbyiste du petit commerçant rural iconisé au journal de Jean-Pierre Pernault et adopte rapidement un discours agressif envers la distribution. Avec pareils soutiens, pas besoin d’ennemis !

Contrairement aux pays anglo-saxons, le commerce, en France, n’a jamais intéressé les élites. Même encore aujourd’hui, les anciens d’HEC ou de l’ESSEC ne sont pas nombreux dans les sociétés de distribution. Interrogés individuellement, tous les députés, de droite ou de gauche, reconnaissent, dans notre pays, qu’on n’accorde pas assez d’attention à la valorisation de la fonction commerciale. Cette conviction les amène volontiers à se mobiliser pour la politique d’exportation : les entreprises sont largement encouragées à conquérir des marchés à l’étranger. Mais sur le marché intérieur, depuis plus de vingt ans, pas un seul ministre du commerce n’a tenu publiquement un propos valorisant sur les formes modernes de nos métiers.

DISPARITION DU PETIT COMMERCE EN FRANCE : QUE CHACUN ASSUME SES RESPONSABILITÉS !

S’il y a un bilan que je refuse d’endosser, c’est celui de la disparition du petit commerce. Nous en voulons à toute une génération d’élus consulaires et politiques. Le politique n’a pas su, ni voulu anticiper les évolutions pour accompagner les professionnels dans leur nécessaire adaptation. Le discours fut, au mieux, complaisant. Dans le souci de ménager « la clientèle » du petit commerce, les élus ont flatté quand il fallait organiser la réforme !

Nous étions des petits commerçants, voués, comme les autres, à disparaître. Nous nous sommes remis en question et nous avons réussi à nous en sortir. Mieux, nous avons bâti un modèle d’organisation que d’autres pouvaient copier. Parmi tous ces petits commerçants qui ont disparu, il y avait des hommes de qualité. Des gens qu’il aurait fallu bousculer, réveiller, et entraîner dans la mutation. Nous étions du même moule. Ils n’étaient pas nos ennemis. On a fait de nous leurs adversaires. J’interpelle ces procureurs qui, encore aujourd’hui, fustigent la distribution moderne : qu’avez-vous fait pour aider les petits commerçants ? Quels intérêts avez-vous servis ?

 

DISTRIBUTION ET AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE

LE PROBLÈME DES ZONES RURALES

Un commerce ne peut tenir dans un village que s’il y a des clients à domicile. Puisqu’ils en sont partis, il convient d’être plus attractif. Il faut accepter d’y implanter des magasins plus grands, avec une offre très large pour éviter l’exode vers les cités voisines. Si le client ne trouve au village que du pain et du lait, mais qu’il doit aller ailleurs acheter tout le reste (l’alimentaire représente environ 15% des dépenses des ménages), le chiffre d’affaires ne permettra pas à un jeune couple d’exploitants de survivre. La priorité n’est donc pas d’implanter des « petits commerces ». Il faut y favoriser le regroupement des commerçants pour « tenir » jusqu’aux effets positifs d’un renouveau démographique annoncé par les aménageurs…

LA DÉSERTIFICATION DES CENTRES-VILLES

Si la distribution a déserté les villes, c’est parce qu’on l’en a chassé ! La plupart des maires des grandes villes de France ont écouté des aménageurs urbains qui n’avaient qu’une seule obsession : réserver la proximité des centres historiques aux activités les plus nobles : commerces de luxe, activités bancaires, restauration, hôtellerie ; et repousser vers l’extérieur les activités industrielles, artisanales et commerçantes.

Une réglementation contraignante pénalisant nos conditions d’exploitation a été mise en place : interdiction d’approvisionner la nuit, limitation des heures de livraison très tôt le matin, impossibilité de stationner pour les clients. D’où le transfert vers la périphérie…

Pourquoi nous le reprocher aujourd’hui ? Qui donc a dessiné les nouveaux plans d’occupation des sols ? Qui définissait la politique d’aménagement du territoire ? Qui a créé les ZAC (zone d’aménagement concerté),  les zones industrielles ou commerciales et aujourd’hui les SCOT (Schéma de cohérence territoriale) ? Je n’en conteste pas les aspects négatifs : désertification des centres villes, atteinte à l’environnement (artificialisation des terres agricoles, flux automobiles)… Mais à qui faut-il en faire le procès ?

Aujourd’hui, l’on nous demande de revenir en ville. Croit-on que l’on puisse faire du commerce sans tenir compte des nouvelles habitudes des clients ? Les élus municipaux, depuis quinze ans, n’ont eu qu’une seule obsession : limiter l’accès des voitures au centre-ville. Je soutiens cette politique, du point de vue de la qualité de la vie. Mais peut-on en même temps s’inquiéter, sans se contredire, de l’exode commercial vers la périphérie ?

Croyez-vous vraiment que, même si nous implantions un centre E. Leclerc de belle qualité près du Capitole à Toulouse ou de la place Stanislas à Nancy, les consommateurs transporteraient à bout de bras, dans leurs cabas, et à pied, l’équivalent de deux cents euros de marchandises ? Pensez-vous sérieusement que de petites surfaces dans des locaux exigus et biscornus aux loyers exorbitants permettent de présenter une offre suffisamment large et des ventes suffisamment massives pour proposer des prix bas aux clients ? Non, au moins pour ces deux raisons, les consommateurs continueraient à fréquenter les magasins de périphérie !

Finalement, c’est peut-être l’innovation commerciale générée par les distributeurs qui va venir à la rescousse du paradoxe politique.

En créant les drives au début des années 2010, les enseignes de la distribution ont lancé une nouvelle forme de distribution. On parle désormais même de « points relais drives » en centre-ville : l’offre de l’hyper en bas de chez soi. Pratique… Voilà une idée qui va peut-être séduire quelques élus car elle pourrait répondre en partie aux problématiques des flux centre/périphérie pour les citadins. Mais une chose est sûre, elle ne ressuscitera pas la boucherie chevaline, le primeur d’antan ou le poissonnier du village.